Un Renard, chef d’une petite meute, avançait dans les terres du monde avec prudence et ambition. Il avait appris à survivre grâce à trois choses : la patience, l’observation… et la méfiance.
Un jour, il croisa un Voyageur qui lui dit :
« Tu es plus malin que les autres. Plus rapide. Plus destiné à grandir que tous ceux que tu vois autour de toi. »
Le Renard s’arrêta. Ces mots étaient doux. Trop doux.
Ils glissaient dans son esprit comme du miel chaud dans une blessure fatiguée.
Et pour la première fois, il ralentit.
Il commença à penser qu’il avait peut-être déjà gagné un peu… qu’il pouvait respirer… qu’il pouvait attendre.
Alors il s’assit.
Mais dans les terres du monde, les vents n’attendent jamais.
Pendant qu’il écoutait les flatteries du Voyageur, d’autres renards couraient.
D’autres construisaient.
D’autres observaient les frontières qu’il avait cessé de surveiller.
Le soir venu, le Renard regarda son territoire… et remarqua que le monde n’avait pas attendu sa confiance.
Il se releva brusquement et dit :
« Le compliment est une cage sans barreaux. On ne la voit pas… jusqu’à ce qu’on n’avance plus. »
Et il comprit alors que survivre ne dépendait pas de ce que les autres disaient de lui…
mais de ce qu’il faisait pendant qu’ils parlaient.
Car dans les terres des clans et des guerres,
celui qui écoute trop les éloges finit souvent par ne plus entendre les pas qui approchent.